Présentation

PS-afficheIl y a peu, une femme cultivée, intelligente et drôle, me disait qu’elle avait des difficultés à regarder de la danse en silence, et qu’elle aimait bien, quand même, quand les interprètes dansent un moment tous ensemble, dans un beau synchronisme, avec de « grands élans »...
On se dit dans un premier temps que ce n’est pas gagné, qu’il y a encore du chemin à faire pour rendre la danse contemporaine accessible au plus grand nombre. On se dit que la danse a toujours son lot d’imageries et d’idées préconçues contre lesquelles il faudra continuer de lutter. On se dit que tout cela vient peut-être aussi du fait que, finalement, tout le monde danse, à sa manière, le plus souvent en musique, et que sortir épuisé d’avoir dansé, la même chose, ensemble, c’est quand même une grande joie. Et qu’on comprend.
On se dit enfin que ces propos, venant de cette femme sympathique et franche, nous donnent envie de la prendre par la main, de lui dire de fermer les yeux, de ne s’attendre à rien, de l’asseoir dans un fauteuil du Théâtre Sévelin 36, de lui dire de les ouvrir, ses beaux yeux bleus et neufs, sur un spectacle étrange, et de redécouvrir ce que peut être la danse.
Et de tomber sur une danse contemporaine qui cherche constamment à se régénérer, à se bousculer, à rencontrer d’autres disciplines, à interroger sa pratique et son passé. Avec ce que tout cela peut avoir de déstabilisant et de fascinant. Un réceptacle sensible de notre époque, ce serait aussi une possible définition.
Plus que des tendances ou effets de mode, je suis convaincu que c’est ainsi qu’on doit interpréter les corrélations que l’on trouve d’un spectacle à l’autre : une perméabilité au monde. Et bien évidemment, cela implique de questionner ses habitudes et ses codes.
Le programme de ces Printemps de Sévelin s’attache à trouver des formes particulières hors des sentiers battus, c’est un festival anti-acratopège que nous vous proposons.
Si on y trouve beaucoup d’humour et de dérision, c’est peut-être que notre époque en mérite, et qu’on en a tous besoin.
Alors épluchez le programme, et prenez par la main votre voisin, celui qui vous dit aimer dans la danse, la musique et les grands élans, dites-lui de fermer les yeux…
…et de les rouvrir écarquillés.
Philippe Saire, directeur artistique